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Ce qui dévore la nuit : T. Kingfisher nous apprend à craindre le marchand de sable : La nouvelle horrifique d'octobre
Après avoir invité les champignons à festoyer dans les ruines de la maison Usher, T. Kingfisher revient avec le deuxième tome de Sworn Soldier. Cette fois, pas besoin de pousser la porte d’un manoir maudit : il suffit de fermer les yeux. Avec Ce qui dévore la nuit, l’autrice troque Poe contre le folklore d’Europe de l’Est et nous rappelle qu’une bonne vieille légende vaut parfois tous les monstres modernes.Une histoire, trois tomes, zéro obligation de tout lireIl fallait oser s’attaquer à La chute de la maison Usher. Dans Ce qui réveille les morts, T. Kingfisher avait relevé le défi avec une idée aussi simple que délicieusement répugnante : regarder de plus près les champignons et la moisissure qui entourent la famille Usher, puis se demander ce qui arriverait si l’on prenait tous ces indices au pied de la lettre. Le résultat ? Une réécriture gothique où la maison ne semble plus seulement hantée, mais carrément infectée.Nous retrouvons aujourd’hui Alex Easton pour une nouvelle aventure, Ce qui dévore la nuit, deuxième volume de la série Sworn Soldier. Et rassurez-vous : nul besoin d’avoir révisé Poe ni même lu le premier tome pour entrer dans l’histoire. Chaque novella propose une intrigue indépendante, avec son propre décor, sa propre menace et son propre imaginaire horrifique. Les personnages récurrents et l’univers commun offrent un supplément de familiarité aux lecteurs fidèles, mais les nouveaux venus peuvent parfaitement prendre le train en marche.C’est d’ailleurs l’occasion de souligner une initiative éditoriale sympathique : les trois tomes de Sworn Soldier sont proposés au fil de cet automne, à raison d’un épisode par mois, jusqu’au dernier rendez-vous prévu fin novembre. Trois histoires courtes, trois incursions dans l’horreur et trois occasions de retrouver l’univers si particulier de T. Kingfisher. Nous reparlerons évidemment de cette dernière aventure lorsqu’elle paraîtra.Une série qui se dévore par épisodes, donc. À condition de ne pas se faire dévorer soi-même entre deux parutions.Alex Easton voulait simplement rentrer à la maisonAprès les événements éprouvants du premier volume, notre ancien soldat gallacien aurait bien mérité un peu de repos. Mais les personnages de T. Kingfisher ont rarement le luxe de profiter tranquillement de leurs congés. Alex retourne cette fois dans sa Gallacie natale, accompagné d’Angus, son fidèle serviteur, puis d’Eugenia Potter, la mycologue britannique rencontrée dans le premier tome. Direction un pavillon de chasse familial, perdu au milieu de forêts froides et humides. Le genre d’endroit où l’on imagine volontiers passer quelques jours au calme, loin des tracas du monde.Sauf que le gardien des lieux est mort. Sa fille évoque une maladie pulmonaire, tandis que les habitants du voisinage murmurent une explication nettement moins médicale. Une créature serait responsable de sa disparition : un moroi, un être surnaturel qui s’en prend aux vivants pendant leur sommeil.L’ambiance est posée. La forêt est sinistre, les nuits interminables et les explications des villageois suffisamment inquiétantes pour donner envie de vérifier que toutes les portes sont bien fermées. Et lorsque les cauchemars commencent à devenir un peu trop réalistes, Alex découvre que le danger ne se trouve peut-être pas uniquement dans les vieilles histoires.Le moroi : quand la paralysie du sommeil prend une forme monstrueuseLe choix de la créature est particulièrement intéressant. Dans différentes traditions populaires d’Europe orientale, les moroi sont associés aux morts, aux revenants et aux manifestations surnaturelles qui viennent perturber le monde des vivants. Les croyances varient selon les régions et les récits, mais certaines représentations leur prêtent la capacité de tourmenter les dormeurs, de leur voler leur souffle ou de les épuiser durant la nuit. Une précision s’impose : le moroi ne possède pas une définition folklorique unique et parfaitement stabilisée. Ce qui importe ici, c’est la peur qu’ils incarnent.Imaginez : vous vous réveillez dans l’obscurité. Vous sentez une présence. Quelque chose pèse sur votre poitrine. Vous essayez de bouger, d’appeler à l’aide, mais votre corps refuse de vous obéir. Votre respiration devient difficile. Et cette silhouette, là, au pied du lit… vous l’avez vraiment vue ?Les récits de créatures nocturnes ont souvent puisé dans des expériences humaines bien réelles, les sensations d’oppression et d’immobilité associées à la paralysie du sommeil. Cela ne signifie évidemment pas que le folklore s’explique tout entier par ce phénomène, mais le rapprochement permet de comprendre pourquoi ces légendes ont une telle puissance évocatrice. T. Kingfisher sait précisément exploiter ce territoire inconfortable, à mi-chemin entre l’explication rationnelle et la peur viscérale. La nuit devient un espace où notre esprit ne peut plus garantir la sécurité de notre propre corps. Et quand le sommeil, normalement réparateur, se transforme en menace, difficile de trouver une échappatoire.Avec le moroi, l’autrice choisit donc une horreur plus intime que celle du premier tome. Pas besoin d’une maison qui s’effondre ou d’une prolifération fongique pour nous inquiéter : il suffit d’un lit, d’une chambre obscure et d’une créature qui attend que nous fermions les yeux.Cette idée est particulièrement efficace. Après tout, on peut toujours décider de ne pas entrer dans une demeure inquiétante. On peut éviter une forêt, contourner un cimetière ou refuser une invitation dans un pavillon isolé. Mais comment éviter de dormir ?Du gothique au folklore : T. Kingfisher change de terrain de jeuC’est là que ce deuxième volume prend tout son intérêt. Là où Ce qui réveille les morts s’appuyait explicitement sur La Chute de la maison Usher, Ce qui dévore la nuit délaisse la réécriture d’un classique littéraire pour explorer un imaginaire folklorique. Nous découvrons la Gallacie, ses traditions, ses habitants et cette atmosphère de bout du monde, mais la menace n’a plus la même nature. La première novella jouait sur l’horreur organique. La deuxième privilégie les croyances populaires et les histoires que les anciens racontent pour expliquer ce qui échappe à la compréhension commune. La forêt n’est plus seulement un décor hostile : elle devient le territoire d’un imaginaire collectif. Les villageois connaissent des récits que les visiteurs ne maîtrisent pas, et leurs avertissements peuvent contenir des informations autrement plus utiles que les raisonnements des gens instruits.C’est un ressort classique du récit horrifique, mais Kingfisher sait lui donner une saveur particulière. Elle ne se contente pas de ressortir une créature d’un bestiaire fantastique. Elle construit autour d’elle une ambiance et un ensemble de peurs qui font écho à des expériences familières.Et c’est bien ce qui fonctionne dans Sworn Soldier : chaque volume explore une facette différente de l’horreur, sans donner l’impression de répéter mécaniquement une recette.Alex Easton, un personnage qui échappe aux casesAlex Easton est attachant certes mais ce personnage a une particularité : son identité de genre. Alex est un personnage non binaire, et cette caractéristique est intégrée au récit sans devenir son sujet. C’est suffisamment rare en fantasy horrifique pour mériter d’être souligné. Le genre a longtemps privilégié des figures très codifiées : le héros viril confronté au monstre, la jeune femme menacée par une force obscure, ou encore les personnages dont l’identité sert avant tout à illustrer un archétype. Alex échappe à ces catégories sans que le récit ait besoin de s’arrêter constamment pour expliquer son existence.Son identité n’efface ni son passé militaire, ni son caractère pragmatique, ni son humour. Alex est simplement Alex : un ancien soldat gallacien qui préfère résoudre les problèmes plutôt que se lamenter sur leur caractère inexplicable. Et c’est précisément cette évidence qui fait du personnage une proposition intéressante. Son identité de genre n’est ni un pouvoir surnaturel, ni une métaphore de sa différence face au monde : elle fait partie de lui, au même titre que son histoire personnelle et sa manière d’appréhender les événements.Dans un genre où les corps, les identités et la différence sont souvent associés au monstrueux, aux transformations ou à l’altérité inquiétante, cette représentation a quelque chose de rafraîchissant. Alex peut affronter des créatures cauchemardesques sans que son identité soit elle-même traitée comme une anomalie à expliquer. T. Kingfisher ne cherche pas à faire de son personnage un manifeste ambulant. Elle lui donne mieux : une place centrale dans son histoire, une personnalité singulière et le droit d’être le héros ou l’héroïne de ses propres aventures — sans que le récit ait besoin de le faire entrer dans une case pour fonctionner.L’humour, cette petite lumière dans l’obscuritéT. Kingfisher possède un talent assez rare : faire cohabiter l’humour et l’horreur sans que l’un annule l’autre. Ses personnages peuvent réagir à une situation monstrueuse avec un bon sens presque désarmant. Ils s’inquiètent de questions pratiques alors que le surnaturel semble prendre possession des lieux. Ils continuent à se chamailler, à s’agacer et à chercher des explications rationnelles au moment même où le lecteur commence à envisager sérieusement de dormir avec la lumière allumée.Ce n’est pas une façon de dédramatiser artificiellement l’histoire. C’est plutôt une manière de rendre les personnages humains. Nous ne devenons pas nécessairement des héros tragiques lorsque nous rencontrons une créature monstrueuse. Nous restons des êtres humains, avec nos habitudes, nos irritations et notre besoin de comprendre ce qui nous arrive.L’humour permet également à Kingfisher de jouer avec les codes du genre. Elle sait que nous connaissons déjà les mécanismes du récit horrifique : la maison isolée, les avertissements ignorés, les bruits inexplicables, la nuit qui tombe au mauvais moment. Elle peut donc s’amus…
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Ce qui réveille les morts où comment T. Kingfisher réécrit Poe : Allergique aux champignons s’abstenir !
Il fallait oser s'attaquer à La chute de la maison Usher. Depuis sa publication en 1839, la nouvelle d'EEdgar Allan Poe est devenue l'un des monuments du gothique fantastique : une demeure qui semble malade, une famille condamnée, des jumeaux inquiétants, un lac noir, une atmosphère de pourriture et cette impression tenace que la maison elle-même respire la mort. Le texte a depuis inspiré films, opéras, bandes dessinées et, plus récemment, la remarquable série de Mike Flanagan. Autant dire que reprendre ce matériau sans produire une énième variation poussiéreuse du classique relevait du défi. T. Kingfisher choisit une solution aussi simple qu'efficace : elle ne cherche pas à faire mieux que Poe. Elle cherche à comprendre ce qu'il avait laissé dans les coins. Et notamment… les champignons.Car c'est en relisant La Chute de la maison Usher que l'autrice s'est interrogée sur l'omniprésence de la moisissure et des émanations fongiques dans le texte de Poe. Pourquoi tant de champignons ? Pourquoi cette végétation maladive autour de la demeure ? Pourquoi Madeline est-elle malade ? Et surtout : qu'est-ce qui se passerait si l'on prenait littéralement tous ces indices que Poe semblait avoir déposés sans les exploiter complètement ?La réponse s'appelle Ce qui réveille les morts. Et elle est franchement peu ragoûtante.T. Kingfisher, ou l'art de raconter des histoires qui ont des dentsSous le pseudonyme de T. Kingfisher, Ursula Vernon s'est imposée comme l'une des voix les plus singulières de la fantasy et de l'horreur contemporaines. Son parcours est déjà atypique : artiste et créatrice de bandes dessinées, elle développe une littérature adulte où se croisent contes de fées, folklore, horreur gothique, créatures inquiétantes et… un humour absolument réjouissant. Vous pouvez déjà découvrir deux merveilles chez Verso : Nettle and Bone, et Quand vient la Sorcière, des romans qui montrent son goût pour les récits familiers qu'elle aime tordre jusqu'à ce qu'ils deviennent autre chose.Et Kingfisher a de sérieux arguments pour revendiquer sa place dans le paysage de l'imaginaire contemporain. Nettle & Bone a remporté le Hugo du meilleur roman en 2023, tandis que plusieurs de ses textes ont également été récompensés par les Hugo, Nebula ou Locus.Mais ce qui rend son travail particulièrement reconnaissable, c'est ce mélange improbable : elle peut faire rire au milieu d'une scène franchement horrible sans jamais détruire l'horreur.C'est précisément cette recette que l'on retrouve dans Ce qui réveille les morts.Un petit tour à la maison UsherAlex Easton est un ancien soldat qui reçoit des nouvelles inquiétantes de son amie d'enfance Madeline Usher. Elle est très gravement malade et son frère Roderick semble penser qu’elle va mourir. Alex se rend donc à la demeure familiale des Usher, isolée dans une campagne aussi peu accueillante que possible.Et évidemment, rien ne va.La maison est délabrée. La végétation environnante semble anormalement agressive. L’étang voisin est franchement sinistre. Madeline n’est plus que l’ombre d’elle-même. Elle se comporte de manière de plus en plus étrange. Roderick, lui aussi très mal en point, semble incapable de faire face à la situation. Il paraît consumé par une maladie nerveuse. Et autour de la demeure, les animaux ne se comportent pas exactement comme des animaux devraient le faire.Pour tenter de comprendre ce qui arrive aux deux Usher, Alex pourra compter sur un médecin américain et sur Eugenia Potter, une mycologue britannique aussi passionnée que pragmatique.À partir de là, Kingfisher reprend les grandes lignes de Poe… avant de commencer à creuser sous la maison. Et quelque chose pousse en dessous.Sans spoiler : si vous connaissez la nouvelle originale, vous reconnaîtrez immédiatement les lieux, les personnages et plusieurs situations emblématiques. Mais vous ne saurez pas pour autant exactement où l'histoire va vous emmener.Poe, mais avec des champignonsLa grande réussite de cette version est de ne jamais se contenter d'une simple modernisation. Kingfisher conserve véritablement l'ADN de Poe.La maison reste malade. La famille reste condamnée. Le lac reste inquiétant. Madeline reste au centre de cette mécanique funèbre. Et Roderick demeure cette figure fascinante d'homme qui semble percevoir l'horreur avant tout le monde.Mais là où Poe travaillait principalement sur l'incertitude, la suggestion et l'effondrement psychologique, Kingfisher introduit une logique presque biologique. La peur change alors de nature.Chez Poe, on se demande constamment : est-ce surnaturel ou est-ce la folie ?Chez Kingfisher, la question devient plutôt : est-ce vivant ?Et c'est beaucoup plus répugnant. La romancière transforme ainsi la matière gothique de Poe en une véritable horreur organique. Les champignons, les racines, les animaux contaminés, l'humidité, la végétation : tout participe à une sensation de prolifération. La maison n'est plus seulement hantée. Elle semble infectée. Ce glissement est particulièrement intelligent parce qu'il ne trahit pas Poe : il amplifie des éléments déjà présents dans son texte.Kingfisher ne pose donc pas une nouvelle histoire sur les ruines de la précédente. Elle regarde les ruines et demande : qu'est-ce qui pousse là-dessous ?Un narrateur qui change toutL'autre excellente idée du roman est Alex Easton.Le narrateur anonyme de Poe devient ici un ancien soldat originaire de Gallacia, doté d'une culture, d'une histoire et d'une langue propres. Alex utilise notamment des pronoms spécifiques liés à sa culture militaire, ce qui permet à Kingfisher d'introduire une réflexion sur le genre et l'identité sans transformer son récit en manifeste. Surtout, Alex est formidablement décalé. Face à une maison gothique qui semble sortie directement d'un cauchemar de Poe, on pourrait attendre un personnage terrorisé, paralysé par les événements.Pas Alex. Alex est un ancien militaire. Alex analyse. Alex constate. Alex prend des décisions. Et parfois, Alex semble surtout se demander pourquoi tout le monde autour de lui complique autant une situation qui pourrait être résolue avec quelques mesures de bon sens. Ce décalage donne au roman une voix très particulière. L'horreur existe bel et bien, mais elle est observée par quelqu'un qui refuse de lui donner plus d'importance que nécessaire.C'est là que l'humour de Kingfisher intervient. Il ne sert pas à faire retomber la tension. Il sert à rendre les personnages humains. Et c'est probablement l'une des grandes différences avec Poe : Kingfisher veut que l'on s'attache aux gens avant d'avoir peur pour eux.Le gothique version KingfisherVisuellement et sensoriellement, le roman est une réussite. C’est glauque, écœurant et tragique. La demeure des Usher est humide, décrépite, malade. L’étang et la végétation forment autour d'elle une sorte d'écosystème hostile. Les champignons deviennent progressivement beaucoup plus qu'un élément de décor. On retrouve ici une caractéristique essentielle de Kingfisher : son horreur est souvent très concrète.Elle aime les choses qui poussent là où elles ne devraient pas pousser. Les corps qui changent. Les animaux qui se comportent étrangement. Les maisons qui cachent un secret. Les vieilles histoires que les personnages modernes préfèrent considérer comme des superstitions.Mais elle aime également donner à ses monstres une matérialité presque scientifique. Dans Ce qui réveille les morts, la mycologie joue ainsi un rôle essentiel. Eugenia Potter apporte au récit une dimension d'enquête qui permet à Kingfisher de jouer avec cette frontière particulièrement savoureuse entre science et fantastique.On cherche une explication. On trouve une explication. Comme Alex. Et l'explication n'est pas forcément rassurante.Une réécriture qui sait pourquoi elle existeC'est finalement là que le livre gagne ses galons de véritable réécriture littéraire. Une mauvaise adaptation de classique se contente souvent de changer les costumes. Kingfisher change le regard.Elle conserve la structure fondamentale de Poe mais s'intéresse à ce que la nouvelle originale laissait volontairement dans l'ombre : la maladie de Madeline, la nature de l'environnement, les comportements des animaux, l'histoire familiale, la psychologie des personnages.Elle donne aussi une nouvelle existence à des éléments secondaires. Et elle fait quelque chose de particulièrement appréciable : elle ne demande pas au lecteur de connaître Poe pour fonctionner.Bien sûr, avoir lu La Chute de la maison Usher enrichit considérablement l'expérience. On reconnaît les motifs, les échos, les scènes et les détournements. Mais Ce qui réveille les morts reste parfaitement lisible comme récit d'horreur autonome.C'est d'ailleurs probablement la meilleure manière de réussir une réécriture : permettre au lecteur connaisseur de savourer les références tout en laissant le néophyte entrer par la grande porte.Une novella courte, mais pas légèreLe récit est particulièrement compact. Et c'est une bonne chose. Kingfisher ne dilue pas son idée. La maison est inquiétante ? On y entre. Les personnages sont malades ? On cherche pourquoi. Quelque chose pousse dans les environs ? On regarde. Très vite, le récit avance.Cette efficacité explique aussi pourquoi le livre fonctionne particulièrement bien comme récit horrifique : il n'y a pas suffisamment de temps pour que l'atmosphère retombe. On reste enfermé avec les personnages, dans cette maison, avec cette végétation et ce lac. Et plus on comprend ce qui se passe, moins on a envie de comprendre.Vous l’aurez compris, nous sommes face à une excellente réécriture de Poe qui a reçu le prix locus du meilleur roman d’horreur, mais surtout une excellente démonstration de ce que peut être une réécriture réussie. T. Kingfisher ne cherche ni à moderniser artificiellement La Chute de la maison Usher, ni à lui rendre hommage en recopiant ses effets. Elle prend son squelette, observe attentivement les morceaux oubliés — les champignons notamment — puis constr…
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Le Grimoire des Ensorceleuses : Alice Hoffman nous replonge dans la magie des femmes Owens : Des secrets sur le passé enfin dévoilés
Avant la sortie du film Les Ensorceleuses 2, Verso nous invite à retourner dans la maison des Owens. Entre malédiction familiale, sorcellerie et histoires d'amour, Le Grimoire des Ensorceleuses offre une suite aussi poétique que mélancolique à une histoire devenue culte.Il aura fallu attendre pour que les lecteurs français puissent enfin découvrir l'intégralité de l'histoire des Owens. Après Les Ensorceleuses, publié en juillet, Le Grimoire des Ensorceleuses vient apporter des réponses à la malédiction imaginée par Alice Hoffman. Le roman réunit trois générations de femmes Owens et révèle le passé de cette famille de sorcières.Et si le roman arrive aujourd'hui en librairie française à quelques jours de la sortie du film Les Ensorceleuses 2, il ne faut surtout pas s'attendre à un simple produit dérivé du cinéma. Alice Hoffman propose quelque chose de beaucoup plus intime : une véritable réflexion sur l'amour, la transmission et le poids des héritages familiaux.La malédiction des Owens n'a pas dit son dernier motDepuis plus de trois cents ans, les femmes Owens vivent avec une terrible malédiction : celles qu'elles aiment sont condamnées à mourir. Cette malédiction, qui constituait déjà le cœur du premier roman, revient ici au premier plan. Lorsque Gideon, le jeune homme aimé par Kylie, la fille de Sally, est victime d'un grave accident, la nouvelle génération se retrouve confrontée à un héritage dont elle ignorait encore une grande partie des règles.Pour sauver Gideon, Kylie va chercher des réponses dans l'histoire de sa famille. Elle va devoir remonter jusqu'aux origines de la malédiction. Mais cette fois, il ne s'agit plus simplement de survivre à la malédiction. Il faut la briser. Et pour cela, elle aura l’aide des femmes Owens. Elles vont devoir retrouver un mystérieux livre de magie et se lancer dans un voyage qui les conduira de la Nouvelle-Angleterre à Londres, puis jusqu'aux terres anglaises où Maria Owens, leur ancêtre, avait autrefois pratiqué ce que la famille appelle l'Art sans nom.Le cadre change donc régulièrement, mais Alice Hoffman ne perd jamais ce qui fait l'identité de sa saga : chez les Owens, la magie n'est jamais vraiment spectaculaire. Elle est partout. Dans les livres, dans les jardins, dans les recettes, dans les souvenirs, dans les objets transmis de génération en génération. Et surtout dans les liens qui unissent les femmes de cette famille.Trois générations de sorcièresC'est probablement là que réside la plus grande réussite du roman. Le Grimoire des Ensorceleuses n'est pas seulement une histoire de sorcières. C'est une histoire de femmes. Hoffman fait se rencontrer plusieurs générations des Owens : les sœurs Sally et Gillian, leurs tantes Jet et Franny, mais aussi Kylie et Antonia, la nouvelle génération. Même Vincent, le frère longtemps disparu, retrouve une place dans cette grande histoire familiale.Chacune entretient un rapport différent avec la magie. Certaines l'acceptent. D'autres la refusent. Certaines la considèrent comme une malédiction. D'autres comme un don. Et c'est justement cette opposition qui donne au roman sa dimension la plus intéressante : que transmet-on réellement à ses enfants ? Un pouvoir ? Une histoire ? Une peur ? Ou simplement les erreurs que l'on a soi-même héritées de ses parents ? Sally, notamment, a toujours cherché à protéger ses filles en les tenant éloignées de la magie. Mais vouloir protéger ses enfants du passé revient parfois à leur transmettre une ignorance qui peut être tout aussi dangereuse.Hoffman transforme ainsi la malédiction fantastique en une métaphore particulièrement efficace de la transmission familiale.La magie comme langage des émotionsComme précédemment, Alice Hoffman ne cherche pas à construire une fantasy spectaculaire. Pas de grandes batailles de sorciers, pas de démonstrations de pouvoirs à la Harry Potter. Chez les Owens, la magie est beaucoup plus domestique. Elle se trouve dans une bibliothèque, dans une recette, dans une plante, dans un objet ancien ou dans une histoire racontée par une grand-mère.Cette approche constitue d'ailleurs l'un des charmes persistants de la saga. La magie semble presque naturelle. Elle fait partie du quotidien au lieu de venir le bouleverser. Et c'est précisément ce qui permet à Hoffman de parler de choses beaucoup plus universelles : le deuil, la peur de perdre ceux que l'on aime, la maternité, les relations entre sœurs et, surtout, cette question qui poursuit les Owens depuis trois siècles : peut-on aimer sans avoir peur de perdre ?Le roman rappelle ainsi que le véritable pouvoir des Owens n'est peut-être pas leur capacité à pratiquer la magie. C'est leur capacité à rester ensemble.Alice Hoffman ne raconte plus seulement une nouvelle aventure des Owens. Elle raconte leur histoire. Et cela explique probablement pourquoi le roman possède une tonalité plus mélancolique que les précédents. Certaines figures emblématiques de la famille sont désormais âgées. Le temps a passé. Les enfants ont grandi. Les générations se succèdent.Les personnages sont nombreux, les générations se croisent, les souvenirs des précédents romans reviennent, l'intrigue voyage entre plusieurs pays et la mythologie familiale est encore approfondie. Cette richesse peut parfois devenir une surcharge. Le roman est dense et certains lecteurs risquent notamment de se perdre dans les nombreux personnages et les multiples ramifications de l'arbre généalogique Owens. Pourtant, lorsque le récit se recentre sur les relations entre les membres de la famille, le roman retrouve toute sa force.Et le film dans tout ça ?C'est évidemment la question que se poseront les lecteurs qui découvriront le roman avant la sortie du film.Les Ensorceleuses 2, réalisé par Susanne Bier et porté une nouvelle fois par Sandra Bullock et Nicole Kidman, s'inspire directement de ce roman. Le film sort en France le 9 septembre 2026.Mais il faudra probablement s'attendre à une adaptation qui simplifie considérablement l'histoire. Le cinéma devra nécessairement faire des choix. Et il sera particulièrement intéressant de voir comment Susanne Bier va transformer cette magie très littéraire en images.Le premier film avait déjà profondément modifié le roman original d'Alice Hoffman, en privilégiant davantage la romance, l'humour et l'esthétique gothique.Le nouveau film semble conserver cet esprit tout en mettant l'accent sur la réunion des générations Owens et sur la relation entre les deux sœurs. Sandra Bullock et Nicole Kidman reprennent leurs rôles, tandis que Joey King et Maisie Williams incarnent la nouvelle génération.Le film sera donc probablement plus accessible que le roman. Mais les lecteurs auront, eux, le privilège de connaître toute l'histoire.Une histoire faite de femmes, de secrets, de morts, d'amour et de transmission.À lire avant le 9 septembre pour découvrir la véritable histoire derrière le prochain film culte ? Sans hésiter. Ou bien juste après ! Idéal pour l'auromne.
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